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« La Turquie au cœur des enjeux politiques et sociaux contemporains »

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25 avril 2017

L'UFR de sociologie de l'Université de Nantes et le Centre nantais de sociologie (CENS), avec la participation de l'UDENS (Union des Etudiant-e-s en Sociologie), ont organisé la 7e édition de la semaine internationale du 14 au 17 mars 2017 sur le thème de la Turquie.

  • Quels étaient les buts de la septième Semaine internationale de sociologie qui s'est tenue en mars dernier ?

Comme chaque année, et ce depuis sept ans, l'objectif visé par l'UFR de sociologie et le CENS dans le cadre de cet évènement était d'ouvrir les étudiants nantais aux enjeux internationaux et aux connaissances de sciences sociales produites sur des configurations étrangères. Le choix de consacrer cette année la semaine internationale à la Turquie a été en partie dicté par l'actualité sociale et politique qui place ce pays sous le feu des projecteurs : avec la tentative de coup d'Etat de juillet 2016, la « gestion européenne » des réfugiés syriens, le durcissement des relations entre la minorité kurde et le pouvoir turc, l'exclusion de la fonction publique des signataires de la pétition pour la Paix, le Référendum modifiant la Constitution... Il nous semblait important de faire partager des connaissances et des analyses de la société turque de façon à mettre en perspective ces enjeux politiques et sociaux cruciaux. Le soutien du CURI (Conseil universitaire des relations internationales) qui cofinance cet évènement nous a permis de concrétiser ce projet.


  • Sur quoi ont porté les différentes interventions ?

Sur des thématiques diverses ! Deux conférences portaient sur la période contemporaine : Nükhet Sirman, anthropologue actuellement en résidence à l'Institut d'étude avancée de Nantes, est intervenue sur la vie quotidienne en marge de la loi de populations kurdes déplacées dans le Sud de la Turquie, tandis que Ayen Uysal, politiste à l'Université d'Izmir, a rendu compte d'une face peu connue de la vie politique turque : les actions protestataires des années 1990 à aujourd'hui. Deux historiens ont proposé une analyse des transformations d'institutions centrales, la langue et la laïcité : Emmanuel Szureck (EHESS Paris) s'est interrogé sur les ressorts culturels et sociaux de la transformation de la langue turque entre 1850 et 1950 et Samim Akgönül, de l'Université de Strasbourg, a proposé une socio-histoire comparative de la notion de laïcité en France et en Turquie entre 1923, date de la dissolution de l'Empire Ottoman, et aujourd'hui. Ilker Birkan, sociologue actuellement en poste à Tours, a quant à lui exploré les enjeux des politiques culturelles de la République turque.

A côté de ces cinq conférences, ont été organisés, d'une part, un atelier présentant les travaux d'étudiants de master portant sur la population turque et kurde en Loire-Atlantique et, d'autre part, une table ronde centrée sur la situation des chercheurs limogés en Turquie et sur les formes de solidarité envisageables. Enfin, l'association des étudiants de sociologie UDENS a proposé une soirée-débat autour la projection de Mustang de Deniz Gamze Ergüven, un film qui montre cinq jeunes sœurs défendant leur liberté contre l'emprise d'un patriarcat étouffant dans un village éloigné d'Istanbul.

  • Quel bilan tirer de cet événement ?

Très positif ! Tout d'abord parce que la manifestation s'est pleinement intégrée dans la pédagogie de l'UFR de sociologie. Les intervenants et les thèmes des conférences avaient été retenus en raison de leurs liens avec le programme de la licence de sociologie. Par exemple, la conférence de Ayen Uysal sur les actions protestataires en Turquie a été associée au cours magistral de sociologie politique ; celle de Nükhet Sirnam a été associée au cours magistral « sociologie de l'immigration ». L'exposé étant en anglais («  Alongside the Law: Building A life in Mersin »), cela a été l'occasion d'une expérience linguistique exploitée par les professeurs d'anglais qui y ont participé avec leurs étudiants. Précisons qu'étant donné l'actualité brûlante en Turquie, mais également grâce à la qualité et l'accessibilité des interventions, les échanges ont été particulièrement denses. Nos invités ont d'ailleurs relevé l'intérêt des questions et des remarques des étudiants.

Certains étudiants volontaires ont pu davantage s'impliquer on l'a dit, que ce soit ou non dans le cadre de l'UDENS. La projection du film Mustang a eu un grand succès : la salle du Pôle étudiant était comble !  Quant aux deux étudiants de Master qui ont innové en participant à un atelier de recherche, ils ont permis au public de mieux connaître l'histoire de l'immigration turque en Loire-Atlantique. Cet atelier a également été l'occasion de présenter de façon concrète le dispositif de « stage de terrain » intégré au parcours de master (parcours Terrains, Enquêtes, Théories)

Du côté des enseignants-chercheurs, l'intérêt était de nouer des liens avec des collègues spécialistes de la société turque. Il était également de mieux s'informer sur la situation de nos collègues qui ne peuvent plus exercer leur métier étant donné la répression subie.

Ainsi, dans le prolongement de l'organisation de cette semaine internationale, le CENS et l'UFR de sociologie ont proposé d'accueillir pendant un an à Nantes un collègue en danger en Turquie, avec le soutien de la Présidence de l'Université et du programme national PAUSE (Programme d'aide à l'Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil)
. A suivre donc !

Marie Charvet et Fabienne Pavis

Mis à jour le 26 avril 2017 par Isabelle SAMSON