• Le 28 novembre 2017

Nous avons le regret de vous informer du décès de Michel Verret, le 28 novembre 2017.
Sociologue français, Michel Verret avait notamment créé avec Jean-Claude Passeron, en octobre 1967, le département de sociologie de l'Université de Nantes.

Lire ci-dessous le texte d'hommage écrit par Jean-Michel Faire et Charles Suaud
Pour Michel Verret

Michel Verret est décédé hier, mardi 28 novembre. Sa disparition affecte doublement les enseignants-chercheurs du département de sociologie de Nantes : nous perdons un intellectuel engagé, grand théoricien marxiste de la classe ouvrière et, avec lui, s’en va celui qui a inscrit la sociologie comme discipline enseignée et pratiquée à l’université de Nantes.

Michel Verret nous a quittés 50 ans exactement après avoir créé avec Jean-Claude Passeron, en octobre 1967, le département de sociologie de Nantes.

Quand il arrive à l’université, il a l’aura du professeur de philosophie en classes préparatoires au lycée Clemenceau et il s’est imposé comme intellectuel communiste soucieux de mettre la théorie au service des classes populaires et refusant obstinément que le marxisme soit rabattu à l’état de doctrine kidnappée par une bureaucratie de parti. Cette exigence ne le quittera pas.

Sa venue à l’université est pour lui un nouveau départ. Sa collaboration avec Jean-Claude Passeron – au moment où celui-ci est impliqué dans une redéfinition du « métier de sociologue » (publié en 1968) – va lui permettre de donner toute sa mesure à la culture marxiste qu’il maîtrise parfaitement. A travers elle, Michel Verret va apprendre à investir la théorie dans des travaux empiriques qui seront hébergés dans le cadre d’un laboratoire inédit en France, consacré à la sociologie de la classe ouvrière, le Lersco. Créé en 1972, celui-ci devient laboratoire associé au CNRS en 1974, fortement soutenu par Henri Mendras. Cette association, résultant des socialisations antérieures à l’Ecole normale et rendue possible à un moment où la discipline était en pleine reconstruction, a donné le caractère très particulier pour l’époque d’un département où la recherche alimentait l’enseignement et qui était largement ouvert au monde, notamment avec les nombreuses thèses de 3ème cycle que Michel Verret a fait soutenir au bénéfice d’étudiants africains. Comment également ne pas évoquer le Michel Verret enseignant. De ses stocks de fiches sortait de manière étonnamment lumineuse l’enchaînement des concepts du Capital de Marx ou de La pensée chinoise de Granet !

Sur fond des transformations sociales, les directions qui se sont succédé ainsi que les recrutements de plus en plus nombreux ont contribué à élargir la palette des enseignements et des recherches. Mais le plus remarquable est que toutes ces activités portent aujourd’hui les marques des premières années : le souci d’une exigence théorique et une focalisation sur la sociologie des classes populaires et des modes de domination. Si le département de sociologie de Nantes a une image de marque en France, cela est dû à cette continuité dans le changement, sur fond de ce que furent les premières années.

Michel Verret restera connu pour sa trilogie sur l’espace, le travail et la culture ouvrière  (Armand Colin, 1979, 1982 et 1984). Fortement charpentés théoriquement, alimentés par les thèses et les données INSEE mises en forme par Joseph Creusen, écrits dans une langue très personnelle, ces trois livres sont devenus une référence. Les travaux de Michel Verret sont animés par ce style si remarquable, vif, rythmé, clair qui concilie souvent le chiffre et la poésie. Il terminait ainsi le second livre sur le travail ouvrier :

Avenir de la classe ouvrière : ce qu’elle en fera …
Noir, c’est le désespoir
Blanc, c’est le rêve
Rouge, c’est la colère.
Rouge, blanc, noir, l’histoire n’a pas  couleurs pures.
Dans le nuancier du Temps, chaque époque a sa couleur.
Lecteur, tu es un peu peintre aussi…


Michel Verret était un homme droit : intellectuel aux convictions chevillées au corps, conscient des enjeux sociaux et politiques de la théorie, prenant la sociologie comme un outil de libération. Derrière sa rigueur qui frappait au premier regard, s’exprimait une très grande chaleur humaine. Cette fraternité de classe qui transparaît dans ses écrits, il la partageait pleinement  avec ses amis.

Jean-Michel Faure
Charles Suaud