• Le 25 septembre 2014

Le Centre Nantais de Sociologie (CENS) de l’Université de Nantes mène depuis la rentrée une étude destinée à connaître les logiques mises en œuvre par les lycéens de Terminale dans leur choix de poursuite d’études. Inscrite dans le cadre d’un programme régional de recherche (PRISMES), cette démarche permettra de dresser d’ici 2016 une "cartographie mentale" des représentations que se font les lycéens de l’enseignement supérieur… et de tordre le cou à certaines idées reçues.

Chaque année, c'est la même chose. Au mois de janvier, tous les lycéens de Terminale sont invités à formuler leurs vœux de poursuite d'étude sur la plateforme Admission Post-Bac (APB). Cette année encore, près de 800 000 élèves de Terminale ont formulé un vœu. Si le choix de la poursuite d'études dans l'enseignement supérieur peut paraître une évidence, répond t-elle vraiment à un choix réellement logique chez les lycéens ? "Les études sociologiques menées montrent que les lycéens n'ont pas du tout la même manière que nous d'aborder les études supérieures. Ils appréhendent différemment le monde de l'enseignement supérieur", souligne Sophie Orange, maître de conférences à l'Université de Nantes et spécialiste en sociologie de l'éducation et de l'enseignement supérieur. "Pour certains, poursuivre ses études à l'université ne fait même pas partie de leur imaginaire. Ce n'est pas qu'ils fuient la filière universitaire en tant que telle, ils n'y ont juste jamais pensé."

  • Comprendre la logique des lycéens
Derrière les chiffres, le Centre Nantais de Sociologie (CENS) a donc voulu en savoir plus sur une donnée jusque-là peu exploitée : les logiques d'orientation des lycéens. Depuis la rentrée, le laboratoire mène une étude (PRISMES), financée par la Région des Pays de la Loire, afin de mieux connaître et comprendre les comportements des lycéens devant leur choix d'orientation. "La démarche sociologique que nous souhaitons mettre en place est une démarche à la fois compréhensive et explicative, qui consiste à comprendre comment pensent les lycéens en évitant de projeter notre propre représentation de l'enseignement supérieur, et ainsi mettre en évidence les poursuites d'études qui leur paraissent normales, possibles ou au contraire impossibles", souligne Sophie Orange. "Il ne s'agit pas de les juger mais de comprendre leur logique, de se mettre à leur place."

  • Des prédispositions sociales déterminantes dans l'orientation
Une enquête quantitative réalisée par Juliette Mengneau, ingénieur de recherche au Centre Nantais de sociologie (CENS), et coordonnée par Sophie Orange et Claire Lemêtre (maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université de Paris 8), est donc actuellement menée depuis quelques jours sur 5 000 lycéens de Terminale (générale, professionnelle et technologique) de 30 lycées des Pays de la Loire. "L'objectif est de récupérer, par l'intermédiaire de questionnaires, un maximum de données pouvant permettre de donner une première idée des représentations que se font les lycéens de l'enseignement supérieur." Une seconde phase plus qualitative à partir d'entretiens avec un panel de lycéens et leurs familles viendra compléter cette enquête afin d'affiner cette "cartographie mentale" des représentations de l'enseignement supérieur, au printemps 2015.

Si les résultats complets ne seront connus qu'au début de l'année 2016, les récentes études déjà menées sur le sujet apportent quelques éléments de réponse et une première tendance que le programme PRISMES tendra à confirmer. "On remarque généralement que les caractéristiques sociales des lycéens les prédisposent dans leur choix d'étude. Suivant leur origine sociale, géographique, les lycéens vont avoir une vision différente de ce qu'est l'enseignement supérieur et avoir un choix d'orientation plutôt prédéfini", explique Sophie Orange. "Pour les lycéens issus de classe populaire, on se rend compte que l'ambition scolaire est plus faible que pour d'autres classes sociales. Mais, même chez les lycéens appartenant aux classes supérieures, l'enseignement supérieur est relativement limité et se résume aux classes préparatoires et à l'université." L'initiative permettra peut-être de "déplacer le regard", conclut Sophie Orange.